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La lumière, moi et l'ombre

Par Karine Lizotte

Je vous parlais lors du dernier billet du retour vers l’équilibre… Tout un travail!

Le deuil que je vis m’a précipité à la vitesse grand V à la rencontre d’un être enfoui qui tentait de remonter à la surface.  Une part d’ombre qui avait débuté son travail en venant m’écorcher et qui, je l’avoue, me faisait très peur. Une sorte de conflit intérieur entre qui je suis, ce que je décide de montrer et comment je deal avec tout ça. 

Le spotlight

Dès qu’on est tout petit, on apprend à moduler nos réactions selon la réaction des gens. Dans la vie de tous les jours, c’est un gros plus pour faciliter notre cohabitation humaine, mais à un moment donné ça nous rattrape et c’est là qu’on constate la dualité qui peut se créer en faisant toujours ce qui est attendu  de nous au lieu d’agir avec nos tripes. Je ne parle pas d’être en mode réaction sans analyser l’impact de nos gestes, mais plutôt d’être qui nous sommes réellement et d’agir avec notre cœur en fonction de nos valeurs et de nos expériences propres sans avoir peur du jugement de l’autre.

Ce conflit intérieur, pour ma part, s’est accentué avec les réseaux sociaux.  Quel terrain propice à la création d’un « soi » idéal. On nous donne le pouvoir de choisir les facettes reluisantes que nous mettons de l’avant.  On expose toute notre lumière au grand jour. C’est trippant ben raide au début.  Les hormones du bonheur embarquent assez rapidement, le tout à grand coup de « likes ». On embarque assez vite dans la danse et inconsciemment on devient dépendant  de tout le bonheur rapide et facile que cela peut nous apporter. On en vient même à se remonter le moral nous-mêmes, au début, en allant voir notre page et en voyant tout ce qu’on a fait de génial lors de la dernière semaine : J’ai cuisiné «  su’a coche » et posté une photo de mon assiette digne des plus grands restos,  j’ai fait mon jogging, j’ai fait faire 10 000 activités aux enfants, j’ai eu plein de « likes » pour ma nouvelle photo de profil, pis tout le monde trouve qu’on est tellement un beau couple mon chum pis moi. Ton estime gonfle, ta confiance en soi est dans le tapis! Tous les compliments qu’on n’ose jamais se dire en pleine face, on se les garroche  à grand coup de fleurs sur les réseaux sociaux (on parle ici d’un compte privé avec des amis bien sélectionnés). Pis le « high » peut durer un méchant bout!  Sauf que là, tu te mets toi aussi à « liker » les photos de tes amis (Je dis les photos, car les statuts sans photos ça demande bien trop d’efforts et peu de résultats…) pis là, tranquillement, je dirais même insidieusement, la cour du voisin devient plus verte; mais ça, tu n’en parle pas. Tu répliques avec d’autres photos encore plus belles, plus heureuses, plus pimpantes de « bonheur »…  C’est là que le poison s’installe et que tu commences à étouffer. Tu étouffes, car même toi, tu n’es plus à la hauteur du personnage virtuel censé te représenter… Sournoisement, toutes ces images de perfection font naître plein de doutes en toi et tu te sens un imposteur. Un imposteur, car les fois où que tu pètes une coche, tu ne l’exposes pas sur Facebook.  Ou si tu le fais, tu y vas du style autodérision bien dosée avec touche d’humour (très fort pour recevoir plein d’empathie et te rendre encore plus attachant). C’est là que cette dualité vient t’écorcher. Que ton ombre te ramène… Ce n’est pas que ce que tu exposes n’est pas vrai, mais c’est qu’il manque une grosse partie d’un tout beaucoup plus complexe.

3-2-1 : Action!

Cette image de perfection projetée, n’est pas toi… Et c’est ok! Mais tu continues de vouloir répondre aux attentes. Alors tu restes bien accroché au rôle que tu t’es créé sur mesure. Et tu mets de l’avant ce que les gens attendent de toi. N’oublie pas, c’est avec cette image qu’on t’aime.  

Même en plein deuil, j’y allais de positivisme. Et, oui, je pensais chaque mot que j’écrivais. Ils me faisaient du bien. Mais j’étais en pleines montagnes russes… Et le lendemain, j’aurais voulu me terrer 6 pieds sous terre pour cesser de souffrir, mais ça, je le gardais pour moi. Toi, qui me suis sur les réseaux sociaux, tu connais mes forces. Pis oui, j’ai été forte. J’ai voulu aider tout le monde, m’assurer que mon clan passe au travers. Mais à un moment donné, quand le mode survie est passé, je me suis sentie complètement vidée. Pis là, c’est moi qui aurais eu le goût de mourir. Mais on n’était plus là. Le temps avait déjà beaucoup filé,  pis j’étais qui pour tomber pis replonger tout le monde dans la merde…  J’ai donc continué de partager mes bons moments, car moi aussi ils me faisaient du bien. Et vos commentaires aussi. Mais quand je me mettais à brailler ma vie, à me sentir complètement vide et inutile, eh bien ces mêmes moments partagés me paraissaient inaccessibles. Les belles citations ne faisaient que me knocker au sol et celles sur le karma me dire que je méritais tout ce qui m’était arrivée et que je devais donc assurément être une maudite mauvaise personne.

Fini la résistance

Aujourd’hui, je me sens capable de te livrer ces mots car après beaucoup de recul et un long processus, toujours en cours, je peux dire que j’ai appris à avoir une meilleure connaissance de moi. J’ai eu besoin de reculer face aux médias sociaux, de prendre quelques distances, de revenir à l’occasion, de décrocher complètement, de me débarrasser de mon cellulaire pour réaliser que le problème était beaucoup plus profond et que ce n’était pas en tassant l’élément qui avait contribué à susciter les premiers malaises que j’allais faire disparaître le conflit intérieur. Je devais comprendre le tout, que je suis, avec ma part de lumière et ma part d’ombre. Oui, les médias sociaux multiplient par je ne sais pas combien notre exposition et peuvent déclencher toutes sortes d’émotions… Ils représentent un moteur puissant qu’il faut savoir doser, mais quels outils incroyables et rassembleurs. Ils permettent de créer des communautés fortes, d’avoir accès à un flot d’informations, de garder contact avec des gens qu’on perdrait autrement de vue, d’avoir accès à une grande solidarité (imagine, j’ai pu retrouver ma perruche qui s’était sauvée grâce à des partages et à des gens interpellés par note chagrin et l’amour des animaux) et entre-autre d’organiser facilement des regroupements et des événements…  Comme nous, les réseaux sociaux peuvent être lumière ou ombre… Mais je pense que la clé réside justement dans cette prise de conscience et dans la confiance en la personne que nous sommes réellement. Avec les expériences, les choix et les situations que j’ai été amené à vivre, je suis rendue sur un nouveau sentier. Un sentier où je me sens capable de m’affirmer et capable de dealer avec les opinions des autres. J’ai beaucoup moins peur de décevoir, de choquer ou de froisser quelqu’un. J’ai envie d’être simplement authentique. De moins filtrer…  Je me suis rendue compte que je n’avais pas à choisir entre la lumière et l’ombre. 

Vive les nuances!

Trop souvent la peur nous place des barrières insurmontables. En tombant très bas suite au deuil de ma grande fille, je n’ai pas eu le choix d’aller explorer cette autre partie de moi. Celle qu’on refoule et qu’on cache, car on ne la trouve pas très présentable. Celle qu’on pointe du doigt chez les autres et qui nous rend inconfortable. Celle qu’on juge facilement hors contexte. J’ai trouvé une autre fille… Vraiment à l’opposée de celle énergique, souriante et pleine de confiance. J’ai trouvé une fille pleine de doutes, colérique et fatiguée…  J’ai rencontré la souffrance, la folie et la grande noirceur. Je me suis réfugiée dans ce trou et j’ai eu besoin d’y rester quelques temps. Voir que l’équilibre est si fragile, c’est angoissant… Mais autant que la noirceur peut nous faire peur, la lumière, elle, peut nous aveugler… Apprendre à se connaître et être conscient de qui on est dans toute sa complexité c’est un méchant beau cadeau. On a souvent tendance à fuir aux premiers malaises qu’on ressent, mais ça vaut la peine de s’ancrer et de se questionner. De comprendre ce qui nous rend  si inconfortable. Il doit y avoir un peu de ce travail dans notre court passage sur terre. Tout ça pour dire que c’est tout un contrat qu’on donne aux gens et aux jeunes en pleine recherche de soi de s’exposer… Et si on cassait tous un peu le moule léché qu’on affiche et qu’on laissait entrevoir notre être tout entier, en toute humilité, avec ses forces et ses failles? C’est le défi que je me lance et que je vous lance pour rendre le tout plus humain, vrai et pertinent. Pour Être avant tout. 

Mots clés: Bien-être

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